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Rosie’s Story
PROLOGUE

– Dépêche-toi un peu, voyons ! Puisque je te dis qu’Amandine va commencer sans nous ! Tu
la connais pourtant… ! Elle ne va tout de même pas attendre cent ans… ! On n’est pas en
France ici… C’est plus que sûr ! Grouille-toi maintenant…
En criant ces encouragements plus ou moins gentiment, le jeune garçon noir se précipitait,
suivi d’une toute petite fille à qui il s’adressait visiblement. Tous deux se hâtaient en direction
de l’ouest, là où dans l’azur céruléen un soleil rouge s’enfonçait déjà dans les pointues
hauteurs des cannes à sucre. Ils peinaient et soufflaient en avançant ! Leur difficile
progression était rendue encore plus malaisée, par le fait qu’ils couraient pieds nus sur un
terrain vierge de la main de l’homme, herbeux et rocailleux, et ils avaient hâte de retrouver un
sol plus stable, moins traître…
– Mais non, tu es fou… ! Elle ne ferait pas ça, pas à moi ! C’est impossible ce que tu dis là,
elle m’attendra…, certifia l’enfant d’un ton incertain, proche des larmes, tout en essayant de
suivre le rythme soutenu, imposé par son grand cousin.
…Grand-mère Amandine ne raconterait jamais une histoire alors que je ne suis pas là ! Je ne
te crois pas !
– Tiens, que tu crois, bébé ! Lui rétorqua Sammy qui s’amusait visiblement de l’inquiétude
lisible sur le lisse visage, franc et honnête, de la mignonne Félicie. Il adorait la faire marcher,
et là, l’ignoble blagueur jubilait, car elle faisait plus que marcher, elle courait !
… Tu as le droit de rêver, poursuivit-il en ricanant : la dernière fois, si je me souviens bien,
elle n’avait pas attendu Tim, le fils de Dieudonné, et il était tout marri en arrivant en retard…
Surtout que personne n’a été capable de lui rapporter le début de l’histoire, alors que la suite
en découlait forcément. Du coup, il n’avait rien compris à ce que grand-mère racontait sur ce
drôle d’enfant sorcier juché sur un balai dans un surprenant collège de la magie. Pour une
fois que ce qu’elle racontait était intéressant, qu’il y avait un peu d’action, de mouvements,
que ce n’était pas comme d’habitude une stupide compote de fée et d’elfes, d’amour de
princesses demeurées pour un prince débile ! C’était quand même pas de chance…
– Oui, opina la petite fille, blanchissante en se remémorant l’affaire, je me rappelle toujours
de la tête qu’il faisait, ce pauvre Timmy. Inutile de te dire combien j’avais de la peine pour
lui ! Il ne faudrait surtout pas que cette horrible chose se reproduise, et en particulier avec
lui ! C’est trop triste… Car tu le sais aussi bien que moi, aujourd’hui est un jour assez
particulier ; en l’honneur de la visiteuse du vieux continent : la dame française, grand-mère a
promit de nous raconter les étonnantes aventures de Rosalie, la Marquise Noire et de son
puissant amoureux blanc.
– Bien sûr, tu veux parler de Rosie, la tante d’Amédée : notre oncle, et petite-fille
d’Amandine. Nous ne l’avons pas connue, et, en général, ce n’est pas une histoire que l’on
raconte aux enfants… ! A chaque fois, les adultes chuchotent entre eux en parlant d’elle :
comme s’ils avaient peur qu’on entendent ce qu’ils ont à en dire, c’est vraiment étonnant,
surprenant !
– Non, justement, pour nous, c’est tout l’intérêt ! Ce n’est pas tous les jours qu’on aura pareille
opportunité : tu peux me croire sur parole ! Mais attention, nous y voilà ! Nous arrivons à la
route… !
Ils débouchèrent sur une simple piste de terre battue, sur laquelle ils purent enfin courir à
perdre haleine. Il était prêt de vingt heures, à cette époque de l’année, sous leur latitude,
l’obscurité s’installait rapidement et le temps pressait car c’était de notoriété publique :
Grand-mère Amandine commençait son histoire dès la nuit tombée, rien ni personne n’aurait
pu empêcher cet état de fait !

…/…